Un punk en hiver

Le Figaro , 25 janvier 2006


Photo Philippe-Levy-Stab

Nous sommes loin des petits minets des beaux quartiers qui se gominent un semblant de crête sur la tête et « pogotent » sur Indochine. Élevé aux Ramones, aux Sex Pistols ou avec les Who, Didier Wampas ne fait pas dans la demi-démesure. Avec des textes alertes et surréalistes, beaucoup de bruit et un jeu de scène à haut risque, il trimbale à bouts de cordes son groupe, de troquets en scènes de fortune, depuis maintenant une vingtaine d’années.

Les Wampas sont devenus populaires en 2003 avec la chanson sur le portefeuille de Manu Chao (album Never trust... ). Le groupe n’est pas entré pour autant dans le système. Aux Victoires de la musique de cette même année, Didier Wampas a rappelé sur le plateau de télévision qu’il « détestait Kyo et la variété pourrie ». Sans forcer le trait, ce groupe, qui a survécu à la génération Béruriers Noirs, réanime le rock alternatif français, avec un public désormais résolument plus large.

Au début du mois de février, l’incorrigible donne une nouvelle fois un coup de pied dans la fourmilière en signant un single, Chirac en prison, qui relève volontiers de la provocation à bon marché, condition d’un certain impact médiatique. Mais cette partie visible de l’iceberg dissimule une litanie d’autres chansons bien plus talentueuses qui constitueront
le prochain album Rock’n’roll Part 9 (sortie le 6 mars). Sans parler des précédents disques comme Les Wampas vous aiment (1990), Simple et tendre (1992) ou Trop précieux (1996).

Le groupe débute sa tournée ce 27 janvier à Angoulême, pendant le festival de la BD, avec toute l’abnégation de Didier Wampas que l’on devrait retrouver sur scène, un temps accroché au décor, un autre au milieu de la foule en train de sauter sur un trampoline.

Cependant, si le personnage Didier Wampas est déroutant, la personne est beaucoup plus sobre : « Je ne fais pas partie de ces artistes engagés, je ne me sens pas obligé d’être de gauche, je suis encore moins un anarchiste, je n’appartiens à aucune école et je me fous aussi de savoir si je suis, ou non, un punk. Je sais juste que je suis un rêveur et quelqu’un de très optimiste comme lorsque j’avais 15 ans », explique le chanteur. Chrétien – lecteur de la Bible –, adorant la musique classique, travaillant – parallèlement à son activité artistique – à la RATP, marié et père de deux enfants, ce Don Quichotte des temps modernes surprend par sa normalité et sa liberté de pensée. En somme, un punk sympathique et, dès lors, attachant.

JEAN-CHARLES CHAPUZET


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