Les inrockuptibles

Mercredi 05 février 1997


On s'aperçoit très tard qu'il existe un groupe Français stupéfiant,
comme Jonathan Richman accompagné par les Ramones.
C'est l'histoire d'un petit garçon qui aimait trop les histoires de Rahan le-fils-des-âges-farouches-et le rock. Et c'est, par conséquent, un peu notre histoire. Pourtant on a soigneusement fait l'impasse sur les Wampas : les triomphes et drames (disparition tragique du guitariste Marc Police en 1991) des Wampas ; la permanence (quatorze ans sur la brèche) des Wampas ; les fulgurences ("J'aime aussi Johnny Hallyday, quand il met son costume violet") et l'anarchie mélodique des Wampas. C'est donc avec un plaisir pervert ("balançons-nous des gifles pour ces tombereaux d'amnésie") qu'on peut aborder ce sixième album, espèce de best of live.
De la banlieue nord de jadis (1983) à la minuscule reconnaissance actuelle, le groupe aura, avec persévérance (obstination?), enfoncé le clou d'un rock spontané, enfantin et romantique, sans équivalence par ici. S'il faut des référents, on pourra mentionner un hypothétique Jonathan Richman (période vendeur de glaces) accompagné par la rythmique des Ramones. Ou un Trenet ("Je ne sais pas pourquoi tout paraît si joli/Qand je te tiens par la main et que tu souris"), branché sur le triphasé. Ou un Prévert innervé par l'époque. De cet aléatoire sautillant, surnage évidemment Didier, chanteur et âme du groupe : sans offenses pour d'ex-Dogs ou ex-Satellites ayant rejoint la tribu, ou le pour le batteur Niko, autre figure historique du groupe, c'est lui qui chante, comme si un malabar s'était coincé au fond de sa gorge, des romances invraisemblabes, ou des scansions imperturbablement crétines. Et retrouve, en permanence et en trois minutes, quelque chose comme l'âme du rock'n'roll. Sans pudeur ni calcul, ils se posent les questions essentielles ("Les bottes rouges/Paraît qu 'c 'est qu'pour les filles/Ben moi j'ai des bottes rouges/Pourtant j'suis un garçon") et jette un pont définitif entre le marteau-pilon des Trashmen (et donc des Cramps) et les refrains à reprendre en choeur. Il évite ainsi d'être embastillé dans le cercle étroit des survivants du rock alternatif hexagonal et développe une écriture qui, des niaiseries sixties au désespoir existentiel, procède d'une attendrissante originalité. Tout ceci constitue un foutoir complet, naturellement, mais on n'en attendait pas moins d'une musique qui recouvre ici son esprit subversif. En toutes occasions - stupides, puérils, ou romantiques -, les Wampas aident à jouir de l'urgence sans calcul et permettent de sauter en l'air ou de s'émouvoir - ou les deux à la fois.
Christian Larrède
Télérama - 12 décembre 1998 - N°2552
Les Wampas - Chicoutimi

C'est notoire, le chanteur des Wampas chante comme une casserole. A côté de lui, Tonton David et Jean-Louis Aubert, c'est Caruso et Pavarotti. Le chant de Didier Wampas ressemble à un croisement de crissement d'ongle sale sur une vitre embuée, d'alarme défaillante de cabriolet BMW et de cri de victime d'un kyste dentaire opéré sans anesthésie. Grâce à cela, les Wampas sont, historiquement, le meilleur pire groupe de rock français en activité. Sur scène, on dirait les Stooges dirigés par Plastic Bertrand, les Chats Sauvages accompagnant la chorale des supporters du FC Lens. C'est strident et sublime, épouvantable et merveilleux. Didier, le grand striduleux, raconte d'extraordinaires histoires de gamin qui porte des bottes rouges à la récrée, affirme qu'il a toujours aimé Pompidou, et que sa mère le rend folle. Il sanglote, se tord les mains, grimpe sur une chaise, fait la danse du scalp et se jette à poil dans la foule. Iggy Pop à côté, c'est Maxime Le Forestier. Bref, on adore les Wampas, leur goulante twist, leur disco trash et leur variétoche punk. On ne voit jamais les Wampas à la télé (ou alors ce serait dans Y a pas photo plutôt que dans La chance aux chansons), on les entend rarement à la radio. Il faut soutenir les Wampas, nos Sex Pistols à nous, plus émouvants et précieux que Frédéric François et l'ours Colargol réunis. Voilà, c'est fait."
 

Philippe Bardot