« J'ai dépassé toutes les lassitudes ! »
Propos recueillis par Philippe Martinot LE FIGARO ETUDIANT. Quel bilan fais-tu après vingt ans d'existence des Wampas ? Didier Wampas - J'ai l'impression qu'on a commencé l'année dernière. Il n'y a pas de lassitude ? Non, j'ai dépassé toutes les lassitudes. On a peut-être la chance d'être mauvais. On évolue très lentement. On n'est pas comme ceux de Noir Désir qui sont super pro, qui savent jouer, qui plaisent à tout le monde. Nous, si on nous prend au sérieux, c'est fini, si on ne dérange plus les gens, c'est fini. L'album est au Top of the Pops (53 ème place) juste derrière Laurent Voulzy, est-ce qu'il n'y a pas de risque de devenir consensuel à votre insu, que cet album soit celui de la consécration et que finalement Michel Drucker se rende compte que vous êtes devenus incontournables ? Quelque part, tant que c'est pour faire le con, ça ne me dérangerait pas d'aller chez Michel Drucker. Car si tu refuses d'aller chez Drucker, ça veut dire que tu as honte de ce que tu fais, ou que tu prends son public pour des beaufs indignes d'écouter ce que tu fais. Mais je n'ai pas honte de ce que je fais et je ne méprise pas le public de Drucker. Mais si ça marche ? On arrivera à surmonter cela. On a bien surmonter le fait que ca ne marche pas pendant vingt ans, on peut surmonter le fait que ca marche pendant six mois. Ce Titre Nerver trust a guy... , c'est une déclaration de guerre à l'electro ? Non, c'est une private joke. Ben Sam, (un ancien Wampas) joue dans un groupe électro, Sporto Kantes, il avait composé un morceau, c'était : Never trust a guy who has never been a punk. Mais je ne déteste pas l'électro. Pourquoi sembles tu refuser d'avoir une étiquette de chanteur engagé alors que manifestement tu est quand même engagé sur un certain nombres de sujets? Non, je ne refuse pas l'étiquette... C'est l'occasion qui manque. Dans la chanson Liste de droite,(J'ai vu ton nom, sur la liste de droite/j'ai cru rêver et j'ai pleuré) tu affiches d'une certaine façon tes préférences politiques. C'est rare que je fasse des chansons autobiographiques. C'est une fille qui a failli chanter avec nous. Mais j'ai romancé, elle n'était pas à la troisième place. En plus elle est mariée donc je n'ai pas pu reconnaitre son nom. Et la chanson «CRS» ?(Il y a des CRS devant la synagogue) J'habite le 19 ème arrondissement, il y plein de loubavitch du côté de chez moi. Ce qui me choque c'est l'antisémitisme en France. Même des gens qui sont au dessus de tout soupçons, quand ils viennent chez moi, ils tiquent quand ils voient les enfants avec les papillottes, ils disent que c'est rétrograde. Moi, je ne trouve pas, ca me choque pas du tout. Ils élèvent très bien leurs enfants, ils n'emmerdent vraiment personne. Il n'y a vraiment aucune raison de les critiquer. Certain te voit comme une sorte de saint doué d'un potentiel d'amour. C'est con à dire, mais j'essaye, non pas d'être un saint, mais de transmettre la joie que m'a donné le rock'n'roll.Pour moi le rock'n'roll ça n'a jamais été «destroy«, «no future». C'est «tout est possible», «on peut tout faire» j'essaye simplement de transmetre cela aux gens. Tu es une sorte de missionnaire du rock' n'roll ? Le rock'n'roll, c'est rien, il y a plein d'autres façons de transmettre quelques choses aux gens, ca aurait pu être la danse, mais je ne sais pas danser. Pour moi ça a été le rock'n'roll. Cet album, par rapport aux autres as-tu le sentiment qu'il est meilleur ? Il est peut-etre un peu plus abouti. Au départ, on n'essaye jamais de faire un disque comme ceci ou comme cela. On essaye de faire un disque le mieux possible. On a eu un peu plus de temps pour le préparer, trois ans entre les deux. J'ai pu écrire plus de chansons, j'ai plus de choix. Plus d'aisance dans l'écriture? A par des chansons, je n'écris jamais. Je ne me prend pas trop la tête. Et même si je n'ai pas beaucoup d'idées, en trois ans, j'arrive quand même à faire douze chansons. Le fait de titrer une chanson «Manu Chao» est-ce que ca n'est pas un peu racoleur ? Non, au départ c'est une grosse connerie. C'est un refrain qui m'est venu comme ça et que j'ai gardé. En même temps, ça n'est pas une excuse, parce que « Il est beau le lavabo » de Lagaff' c'est aussi une connerie... Ce morceau a d'abord été joué sur un rythme reggae. Oui, enfin disons plutôt reggae de skinheads allemands...Je sais pas faire d'accord. Je joue avec deux doigts. Je fais un solo avec le Mi, les deux petite cordes avec le mi. Je ne sais faire que cela comme solo. Ca me suffit, il est bien celui là. De manière général, le groupe a l'air d'être un peu en retrait par rapport à toi. Jusqu'à la mort de Marc Police, on était un vrai groupe, une bande de copains. Maintenant c'est différent. C'est normal, on a entre 35 et 40 ans. On a construit autre chose qui fonctionne. Quant à être en avant, ça s'est fait petit à petit. Moi tout ce que je veux, c'est que les Wampas continue... Après la mort de Marc, j'ai commencé a m'habiller sur scène. Ce côté là, ca devient de la mise en scène? J'essaye que ca n'en soit pas. Avant chaque concert, j'achète les fringues l'après-midi même dans les friperies. Tu dois avoir une garde robe impressionnante ? Non, après le concert, je les met dans un sac en plastique, tout mouillé de sueur. Ça finit par moisir. |