Jerome Bonnet

Rencontre avec Didier, déjanté chanteur des Wampas.
Rock and drôle attitude

par Philippe Barbot - Télérama n° 2774 - mercredi 12 mars 2003

Depuis vingt ans, branchés sur 220 volts, les Wampas alimentent le rock alternatif en refrains électriques.

« Moi, je fais du rock et rien d'autre. Le rock m'a sauvé la vie, alors j'essaie de transmettre le même bonheur aux gens. » Didier Wampas n'en démordra jamais. Ce gaillard de 41 ans, tendre et tatoué, qui quand il ne gigote pas sur une scène comme un Marsupilami déjanté exerce le métier d'agent technique à la RATP, n'a cure d'être le dernier survivant du rock français dit alternatif - qui a vu, au début des années 80, batifoler d'étranges loustics électriques comme les Satellites, Ludwig Von 88 et autres Parabellum. Aujourd'hui, les Wampas, tribu farouche et hétéroclite au nom emprunté à la BD Rahan, publient leur neuvième album. Sous un titre en forme de maxime loufoque, Never trust a guy who after having been a punk is now playing electro (« Ne faites jamais confiance à un type qui a été punk et joue maintenant de l'électro »), le quintette propose quinze chansons rauques et fruitées, alternant hymnes binaires et ballades candides, rockabilly sauvage, mélodies bubble-gum et anathèmes punks. Un disque enregistré, mais c'est pas exprès, en plein centre de la France, dans le studio du Pressoir, sis à Bourré...

Depuis deux décennies, les Wampas, chaînon manquant entre les Chats Sauvages et les Ramones, écument les scènes hexagonales avec une constance indestructible et publient des albums aux titres aussi improbables que la musique qu'ils renferment : Chauds, sales et humides (1988), Les Wampas vous aiment (1990), Simple et tendre (1993), Trop précieux (1996) ou Chicoutimi (1998). Malgré la perte d'un guitariste, Marc Police, suicidé en 1992, et des changements incessants de personnel et de labels. « Quand on a commencé, on était mauvais, constate Didier, c'est peut-être pour ça qu'on est toujours là. Les groupes qui sont bons dès le premier album s'épuisent vite. Nous, on peut encore évoluer : la preuve, je commence à chanter à peu près juste. » Car la voix du chanteur des Wampas est une expérience que tout intrépide amateur de rock hardcore se doit de vivre au moins une fois dans sa vie. Une sorte de cri strident, quelque part entre le gosier de Johnny Rotten des Sex Pistols et une alarme défaillante de BMW. Il faut le voir débouler sur scène affublé d'énormes ailes d'ange déplumé, entonner ses histoires de garçons qui portent des bottes rouges à la récré, affirmer que sa mère le rend folle, sangloter, grimper sur une chaise, faire la danse du scalp avant de se balancer à poil dans la foule. A côté, Iggy Pop, c'est Maxime Leforestier. « C'est pas une situation normale d'être sur une scène, alors je ne me conduis pas normalement, reconnaît le responsable. L'absolu musical, pour moi, c'est un 45 tours punk avec un son pourri. J'avais 15 ans en 1977. Mon rêve c'était d'avoir un groupe : quand j'ai réussi à en former un, je me suis dit que c'était pour la vie. »

Sur leur nouvel album, dédié à Dominique Laboubée, chanteur des Dogs récemment disparu, les Wampas rendent hommage, en vrac, au Télégramme de Brest, aux CRS postés devant les synagogues, aux friandises Chocorêve, aux apprentis charcutiers, aux Beach Boys et aux adeptes du vol à voile. Mais, surtout, consacrent une chanson, plus complice que caustique, à l'ex-leader de la Mano Negra, devenu milliardaire : « Si j'avais le portefeuille de Manu Chao, j'partirais en vacances au moins jusqu'au Congo... » « On se connaît, il est au courant, sourit Didier. Au début il l'a bien pris et puis maintenant je crois qu'il rigole moins : pour notre single, on voulait reprendre la pochette de son disque, en la pastichant. Il a refusé. »

Dans trente ans, les Wampas seront toujours là. C'est Didier qui l'affirme. Il espère connaître la même longévité que le seul artiste français qui trouve grâce à ses yeux : Charles Trenet. « A part lui, qui était un génie, la chanson française dite de qualité ne m'intéresse pas. Si je fais du rock, c'est justement en réaction contre ça. »

Philippe Barbot