"COMBO#6"
Automne 1990

L'amour, la beauté, la joie, la mort et le Rock'n'Roll. Enfin entremêlés en une sarabande magnifique. La vie et les pulsations du coeur à jamais gravées dans le soleil de cire noire. Et si les Wampas nous aiment, ils rappellent aussi que l'amour est un phénomène rare, qu'il n'est pas aisé de donner, de s'abandonner et de partager ses fruits. Cet abandon est aussi une quête, parfois désespérée, de la liberté à conquérir, pour soi, et pour les autres. Car, quel meilleur exemple que l'exemplaritél Les Wampas assument cette lourde tâche en prenant des risques à chaque révolution du disque. Un disque comme une planète riche de la puissance de ses quatre éléments fondamentaux: soit l'eau, la terre, le feu et l'air. Soit quatre Wampas telluriques et mystiques délivrés des chaînes de la soumission et du dogme.

Reprenons: l'amour, c'est "Surfin' Love", "Petite Fille", "Le Costume Violet"; la beauté, c'est "Ecclesiaste 5:1", "Noël", "Quand J'étais petit"; la joie, c'est "Puta", "C'est Facile de S' Moquer", "Quelle joie Le Rock 'n' Roll"; la mort, c'est "Vie, Mort et Résurrection D'un Papillon"; le Rock 'n' Roll, c'est tous ces titres possédés et d'autres gorgés de sang pur qui, à pleines guitares débrayées et chant halluciné appuyés par une rythmique de bronze, sculptent des reliefs que la paysage Rock 'n' Roll croyait à jamais banni de ses rivages. Pour ce lumineux tableau, les Wampas doivent être bénis et sanctifiés.

Allez en paix !
Propos recueillis par Yannick Bourg pour Combo
merci à E.T pour ce document


Quels sont les différences "techniques" de cet album par rapport au précédent ?
Didier : On a eu plus de jours dans un studio plus grand. On a enregistré aux studios Pathé Marconi, là où les Stones, les Beatles sont passés.
Nickman : Starshooter.
Marc : Les Chaussettes Noires.
Didier : Le maréchal Pétain aussi... (rires)
Nico : Pour être précis, on a fait 18 jours de prises et 13 jours de mixes.

Vous n'avez pas eu de problèmes avec les ingénieurs du son cette fois-ci ? (on entend un gars qui les engueule)
Didier : C'est Claude Wagner, le patron des studios. Il y est depuis les Stones. Il gueulait tout le temps en déconnant. C'est un type bien.
Nico : C'est son ton un peu paternaliste.
Nickman : C'est aussi de l'humour à froid.
Marc : Il collait bien avec l'esprit qu'on voulait mettre dans l'album.

Et le producteur, Andy Lydon (qui joue de l'orgue sur "Quelle joie le Rock'n'Roll") ?
Nico : C'est un Anglais qui était ingénieur du son au mixage de l'album des Satellites.
Didier :
La maison de disques voulait absolument qu'il y ait quelqu'un avec nous; ils n'avaient pas confiance. Au départ, on ne voulait personne, et faire notre truc tout seuls, et puis ça s'est passé vachement bien avec lui.
Marc : C'est plus une présence qu'autre chose, il n'a pas fait grand-chose.

Comment s'est effectué le choix des morceaux ?
Nico : On a fait un certain nombre de morceaux tout en sachant qu'on était prêts à en virer quelques-uns.
Marc : "Surfin' Love", "Quelle joie..." ont été créé sur place, ainsi que "La pureté" (face B du 45t, NDLR) qui a été entièrement improvisé en studio. D'autres titres ont été "déformé".
Didier : On avait enregistré plein de trucs depuis un an sur un petit magnéto; et on a trié, réduit, et gardé le meilleur.
Marc. Pendant cette année-là, on a pas arrêté de dégrossir.
Nico : On avait aussi des morceaux qu'on ne répétait pas. C'est important. On les avait joués une fois en répète, comme ça, parce qu'ils étaient tombés en un seul coup, paf, et après on ne les a pratiquement pas rejoués.
Didier : On ne les écoutait plus.
Nico. On les redécouvrait six mois plus tard.
Didier : Il y avait aussi une chanson qui s'intitulait "Merci Chirac", mais elle a pas été enregistré, les bandes n'ont pas tourné et on ne sait pas ce qui c'est passé. C'est dommage.
Marc : C'est con, ça nous aurait ouvert des portes (rires).
Didier : "Le monde du Rock 'ni Roll aurait été transformé."

Vous répétez beaucoup ?
Didier : En moyenne, une fois tous les quinze jours.
Marc : C'est par périodes, l'année dernière on a répété jusqu'à trois fois par semaine, c'était bien. Mais on n'a pas d'organisation stricte.
Nico : Il faudrait s'y mettre un peu plus parce qu'on passe à côté de plein de trucs.
Nickman (tout sourire) : Il n'y a pas la communion qui s'établit.

Didier, tu es encore arrivé au studio sans paroles prêtes?
Marc : Hélas ! (rires)
Didier : le voulais faire une expérience: arriver au studio sans aucune idée, rien!
Nickman : "Bonne expérience..."
Marc : Et nous on jouait dans le brouillard.
Didier : Je chantais aussi dans le brouillard...
Nico : On ne savait pas ce qu'on jouait: si c'était une chanson d'amour ou de haine.
Didier (véhément) : Mais moi aussi, je chantais sans savoir..
Nickman : "C'est pas de notre faute ça"
Didier : Après, j'écrivais mes chansons le matin. Deux chansons en me levant, avant d'aller au studio. Bien souvent j'écrivais dans le métro en vitesse, comme un écolier qui fait ses devoirs... (doucement:) Je le referai plus.
Nico : C'était pas désagréable...

Tu as des phases mystiques: "Le seigneur est une fleur" (sur "Chauds, sales & humides"),"L'ecclésiaste 5.1", "L'éternel", "Vie et mort et résurrection d'un papillon" ?...
Didier : Oh, je suis tombé dedans quand j'étais petit. C'est un développement. "On s'élève tous de la fange dans laquelle on était." (rire général) On cherche tous, non? Toi aussi, je suppose?... On essaie de communiquer...

"C'est facile de se moquer" ?
Nickman : Il arrête pas... (rires)
Didier : Au départ, il y avait d'autres paroles, c'était pour sa meuf, enfin un couplet. Mais c'était pour moi aussi.

"Quelle joie le Rock 'n’ Roll" ?
Nico : Plus que jamais.
Marc : C'est le but quand même.

Sur cet album, il y à une vitalité incroyable
Didier (intense, débit à la Céline) : On essaie de faire des choses bien dans nos vies, donc dans notre Rock 'ni Roll faire que ce soit aussi bien... C'est parfois vachement dur.. Tout ce qu'on vit de bien, on essaie de le mettre dedans... Ça demande des efforts... On veut être honnêtes... On est obligés de faire ça... Pour schématiser, on essaie de ne pas répéter le plan Johnny Thunders dans nos vies... Montrer autre chose et qui soit autant Rock 'ni Roll.

Comment préserver ça ?
Didier : je sens que ça va aller plus loin. Ça demande à chacun de nous, séparément, et en plus quand on est tous ensemble, de faire des efforts...
Nico : Il faut plus de magie. Quand tu ne comprends pas ce qui se passe, ce qui est en train de se passer, et que c'est vachement beau, il y a un côté un peu magique. Quand tout le monde se met à aller dans le même sens au même moment et que c'est bien. Quand on compose, il y a des trucs qui sortent, on n'y croie pas... C'est la résultante de quatre personnes.
Didier : Oui, mais avant, il y a eu plein d'efforts d'accomplis, et c'est alors obligé que ça sorte; ça veut dire qu'il faut accepter que des trucs pourris arrivent.
Nico : C'est aléatoire, c'est pas systématique.
Didier : C'est de la magie sans en être, mais c'est surtout tout ce qu'on y met de bien, même si ça paraît peu... C'est une volonté, on essaie tellement fort de faire des trucs bien.
Nico : Par exemple, tu ne peux pas comparer nos albums tellement ils sont différents. Il y a des choses sur "Chauds..." qu'on ne pourrait plus refaire maintenant. Un meilleur son ou n'importe quoi n'y changerait rien.
Didier : C'est plus (+) nous maintenant. "Rester frais, c'est rester vrai!" (rires)
Marc : A chaque fois, on était entièrement sincères, on faisait notre maximum. C'est normal que ça change.

Telle la cartomancienne, et l'avenir ?
Didier : On ne sait pas ce qui peut se passer. On ne sait pas comment sera le prochain album. On ne se pose même pas la question! Un jour, on aura peut-être envie d'avoir des choristes ou des cuivres, des violons pourquoi pas?
Marc : Une danseuse (sourire).
Didier : J'aimerais bien des choristes parce que je fatigue sur scène (en souriant), faire comme Bob Marley, placer un "Yeah" de temps en temps. Ceci dit je peux faire "Yeah" tout seul.

Tu comptes faire une carrière de peintre, Didier, si le Rock 'n' Roll ne marche plus ?
Didier : Non. J'ai arrêté la peinture. J'ai eu une période de trois mois. Eurobond cherchait un illustrateur pour la compile sur la Révolution et comme ils payaient 800 Frs, je me suis dit, s'ils payent, je vais la faire moi-même.
Nickman : On l'a faite ensemble.
Didier : Et comme j'avais de la peinture, hop, j'ai fait la nôtre, sauf que là j'ai rien touché...

Il n'est pas question d'un clip ?
Didier : Si, avec "Petite fille", le 45 tours, normal. "Il y a des logiques de marketing (sourire)", on nous a parlés de ça... On est obéissants.
Nico : Ça devrait sortir quelques semaines après la parution de Combo!

Après la rupture avec New Rose, comment s'est effectué le contact avec Eurobond ?
Nico : On les a rencontrés au fil du temps qui passait... C'étaient les seuls à s'intéresser un peu à nous, et ils avaient un discours cohérent par rapport à ce qu'on voulait. S'il y avait eu plusieurs prétendants intéressants, on serait allés les voir...

Et ça se passe bien ?
Didier : "Super! Hyper-bien! Stop!" (il devient lyrique et gueule:) On ne regrette rien: ni le MAL ni le BIEN qu'ils nous ont faits. Tout ça nous est bien égal (rires).
Nickman : On les trouve vachement gracieux...
Didier : GRACIEUX!! (fou-rire général)

Changement de manager.
Nico : Rascal (qui les couvait quasiment depuis leurs débuts, NDLR) n'est plus avec nous depuis la dernière tournée fin mai.
Didier :
On s'est séparés en bons termes. Il voulait faire autre chose: des performances, s'exprimer à son tour. C'est une fille, Charlotte des Barrocks, qui nous manage, et je peux te dire qu'elle nous serre la vis; elle nous fait marcher droit.

Et les concerts ?
Nico : Depuis "Chauds...", on a dû en faire quatre-vingts à peu près.

Et la première partie de la Mano Negra à Pigalle ?
Nico : Ça nous a plus apportés à nous qu'autre chose, comme de jouer dans une grande salle par exemple.
Nickman : Des gens nous ont découverts parce qu'ils nous y ont vus.

Des espions m'ont rapporté que vous auriez volé le show ?
Nico : Ils fantasment un peu...

Et l'annonce de cette tournée dans l'Est de l'Europe ?
Didier : Totalement foireuxl
Nico : Ça a été annulé, et avant que ça le soit, on avait refusé d'y participer.
Nickman : Ça s'annonçait comme un plan à la Margerin en dix fois pire.

Vous avez participé à la compile "Rock & Horreur", c'est quoi l'horreur ?
Didier : Etre seul...
Nico : Sans déconner, être seul c'est l'HORREUR ! Vivre seul, pas question.
Marc :
C'est vrai.
Didier : Nickman jouant de la basse, c'est pas mal...
Nickman : Et toi qui chante...
Nico : Il faut dire que Didier, à fond dans les retours, qui gueule "Yeah, Yeah" (cris sur-aigus), c'est pas loin d'être la pire chose. Mais c'est un moment très court, l'horreur c'est ce qui dure...
Nickman : Quand Didier en costard te fait Claude François, c'est aussi l'horreur. Sinon, j'ai peur de rien, ni de personnel Ils peuvent tous venir (rires).
Nico : On va tous les niquer.
Nickman : Nooon, on va tous les aiiiiimer !

Et l'amour ?
Nico : C'est le plus important.
Didier : ... après la télé (rires).
Nickman : Après "Le Prisonnier".

Marc, J'ai entendu parler d'une histoire de studio mobile, dans lequel tu serais impliqué ?
Marc : Aaaahl Il était question, à un moment, d'enregistrer des groupes live avant qu'ils ne fassent un premier 45 tours, les capturer comme ils sont. L!idée était simple, faire comme un reportage sonore. Un petit magnéto, deux micros, les enregistrer live ou en répète et les reproduire sur disque, genre Peel Sessions. Les groupes auraient pu s'en servir auprès des maisons de disques. Tout le monde était libre.
Et puis le projet prend d'autres formes avec Ribelrolles et Eudeline, axé sur la chanson réaliste française, et ça ne m'intéresse pas du tout. En plus, il se monte une vraie structure de label, avec un studio, et ce n'est pas très intéressant, ça existe déjà. Autant dépenser l'argent dans les studios existant.
Didier (éructant) : C'est un projet mégalomanlaque d'anciennes soi-disants rock-stars françaises décaties et droguées des années 70 (rires).

Et toi, Nico, avec Forbidden Records ?
Nico : Un 45t avec une face B inédite des Monotones va sortir en octobre/novembre, et ils préparent leur prochain album. Peut-être les Vind'icators, mais ça dépend plus d'eux que de nous. Ils ont la pêche sur scène et ils sont frais, mais ils ne sont pas pressés.

Qu'est-ce que vous écoutez en ce moment ?
Marc : Roxy Music, j'arrête pas.
Didier : Vince Taylor.
Nico : J'écoute Gene Vincent parce que je me suis dit qu'il fallait que je m'y mette un jour ou l'autre, et Schubert.
Nickman : Des compiles 5Os White Label, et je ré-écoute Extraballe. Il faut dire qu'on est OPENI Nous sommes un groupe OPEN !
Didier (emphatique) : "Nous aimerions que le monde nous suive sur cette voie de l'open... avec nos pauv' petites chansons si on pouvait faire quelque chose pour le monde." (Didier s'emporte alors à propos de l'article dEudeline sur Stiv Bators dans Best) : Quand je lisais ça avant, j'avais l'impression que c'était bien la poudre, la défonce... qu'il fallait descendre tout en bas, être une loque humaine, que c'était ça le vrai Rock 'n' Roll.
Nickman : Il faut arrêter avec le mythe du loser.
Marc : Un musicien qui joue, c'est pas les plans dope et le reste qui vont le rendre meilleur, il faut se rendre compte que c'est pas ça qui est important... les saloperies qu'on fait. C'est beaucoup plus facile de dire "c'est lui l'enculé", alors qu'il y a beaucoup plus d'autres possibilités excitantes... Il faut le montrer, se donner beaucoup de mai pour imaginer et faire qu'à chaque fois ce soit mieux. On n'a pas aimé la vie comme on aurait dû l'aimer à cause de ces gens-là.