L'amour,
la beauté, la joie, la mort et le Rock'n'Roll. Enfin entremêlés
en une sarabande magnifique. La vie et les pulsations du coeur à
jamais gravées dans le soleil de cire noire. Et si les Wampas
nous aiment, ils rappellent aussi que l'amour est un phénomène
rare, qu'il n'est pas aisé de donner, de s'abandonner et de partager
ses fruits. Cet abandon est aussi une quête, parfois désespérée,
de la liberté à conquérir, pour soi, et pour les
autres. Car, quel meilleur exemple que l'exemplaritél Les Wampas
assument cette lourde tâche en prenant des risques à chaque
révolution du disque. Un disque comme une planète riche
de la puissance de ses quatre éléments fondamentaux: soit
l'eau, la terre, le feu et l'air. Soit quatre Wampas telluriques et
mystiques délivrés des chaînes de la soumission
et du dogme.
Reprenons:
l'amour, c'est "Surfin' Love", "Petite Fille",
"Le Costume Violet"; la beauté, c'est "Ecclesiaste
5:1", "Noël", "Quand J'étais
petit"; la joie, c'est "Puta", "C'est
Facile de S' Moquer", "Quelle joie Le Rock 'n' Roll";
la mort, c'est "Vie, Mort et Résurrection D'un Papillon";
le Rock 'n' Roll, c'est tous ces titres possédés et d'autres
gorgés de sang pur qui, à pleines guitares débrayées
et chant halluciné appuyés par une rythmique de bronze,
sculptent des reliefs que la paysage Rock 'n' Roll croyait à
jamais banni de ses rivages. Pour ce lumineux tableau, les Wampas doivent
être bénis et sanctifiés.
Allez
en paix !
Propos recueillis par Yannick Bourg pour
Combo
merci à E.T pour ce document
Quels sont les différences "techniques" de
cet album par rapport au précédent ?
Didier : On a eu plus
de jours dans un studio plus grand. On a enregistré aux studios
Pathé Marconi, là où les Stones, les Beatles sont
passés.
Nickman : Starshooter.
Marc : Les Chaussettes
Noires.
Didier : Le maréchal
Pétain aussi... (rires)
Nico : Pour être
précis, on a fait 18 jours de prises et 13 jours de mixes.
Vous
n'avez pas eu de problèmes avec les ingénieurs du son
cette fois-ci ? (on entend un gars qui les engueule)
Didier :
C'est Claude Wagner, le patron des studios. Il y est depuis les Stones.
Il gueulait tout le temps en déconnant. C'est un type bien.
Nico : C'est son ton un
peu paternaliste.
Nickman : C'est aussi de l'humour à froid.
Marc : Il collait bien avec l'esprit qu'on voulait mettre dans l'album.
Et
le producteur, Andy Lydon (qui joue de l'orgue sur "Quelle
joie le Rock'n'Roll") ?
Nico
: C'est un Anglais qui était ingénieur
du son au mixage de l'album des Satellites.
Didier : La maison de disques voulait absolument qu'il
y ait quelqu'un avec nous; ils n'avaient pas confiance. Au départ,
on ne voulait personne, et faire notre truc tout seuls, et puis ça
s'est passé vachement bien avec lui.
Marc : C'est plus une
présence qu'autre chose, il n'a pas fait grand-chose.
Comment
s'est effectué le choix des morceaux ?
Nico
: On a fait un certain nombre de morceaux tout en sachant
qu'on était prêts à en virer quelques-uns.
Marc : "Surfin' Love", "Quelle joie..."
ont été créé sur place, ainsi que "La
pureté" (face B du 45t, NDLR)
qui a été entièrement improvisé en studio.
D'autres titres ont été "déformé".
Didier : On avait enregistré plein de trucs depuis un an sur un
petit magnéto; et on a trié, réduit, et gardé
le meilleur.
Marc. Pendant cette année-là, on a pas arrêté
de dégrossir.
Nico : On avait aussi
des morceaux qu'on ne répétait pas. C'est important. On
les avait joués une fois en répète, comme ça,
parce qu'ils étaient tombés en un seul coup, paf, et après
on ne les a pratiquement pas rejoués.
Didier : On ne les écoutait plus.
Nico. On les redécouvrait six mois plus tard.
Didier : Il y avait aussi une chanson qui s'intitulait "Merci
Chirac", mais elle a pas été enregistré,
les bandes n'ont pas tourné et on ne sait pas ce qui c'est passé.
C'est dommage.
Marc : C'est con, ça nous aurait ouvert des portes (rires).
Didier : "Le monde du Rock 'ni Roll aurait été transformé."
Vous
répétez beaucoup ?
Didier : En moyenne, une fois tous les quinze jours.
Marc : C'est par périodes, l'année dernière on a
répété jusqu'à trois fois par semaine, c'était
bien. Mais on n'a pas d'organisation stricte.
Nico : Il faudrait s'y
mettre un peu plus parce qu'on passe à côté de plein
de trucs.
Nickman (tout sourire) :
Il n'y a pas la communion qui s'établit.
Didier,
tu es encore arrivé au studio sans paroles prêtes?
Marc :
Hélas ! (rires)
Didier : le voulais faire une expérience: arriver au studio sans
aucune idée, rien!
Nickman : "Bonne expérience..."
Marc : Et nous on jouait dans le brouillard.
Didier : Je chantais aussi dans le brouillard...
Nico : On ne savait pas
ce qu'on jouait: si c'était une chanson d'amour ou de haine.
Didier (véhément) :
Mais moi aussi, je chantais sans savoir..
Nickman : "C'est pas de notre faute ça"
Didier : Après, j'écrivais mes chansons le matin. Deux
chansons en me levant, avant d'aller au studio. Bien souvent j'écrivais
dans le métro en vitesse, comme un écolier qui fait ses
devoirs... (doucement:) Je le referai plus.
Nico : C'était
pas désagréable...
Tu
as des phases mystiques: "Le seigneur est une fleur"
(sur "Chauds, sales & humides"),"L'ecclésiaste
5.1", "L'éternel", "Vie
et mort et résurrection d'un papillon" ?...
Didier : Oh, je suis tombé dedans quand j'étais petit. C'est
un développement. "On s'élève tous de la fange
dans laquelle on était." (rire général) On
cherche tous, non? Toi aussi, je suppose?... On essaie de communiquer...
"C'est
facile de se moquer" ?
Nickman : Il arrête pas... (rires)
Didier : Au départ, il y avait d'autres paroles, c'était
pour sa meuf, enfin un couplet. Mais c'était pour moi aussi.
"Quelle
joie le Rock 'n’ Roll" ?
Nico
: Plus que jamais.
Marc : C'est le but quand même.
Sur
cet album, il y à une vitalité incroyable
Didier
(intense, débit à la Céline) :
On essaie de faire des choses bien dans nos vies, donc dans notre Rock
'ni Roll faire que ce soit aussi bien... C'est parfois vachement dur..
Tout ce qu'on vit de bien, on essaie de le mettre dedans... Ça
demande des efforts... On veut être honnêtes... On est obligés
de faire ça... Pour schématiser, on essaie de ne pas répéter
le plan Johnny Thunders dans nos vies... Montrer autre chose et qui
soit autant Rock 'ni Roll.
Comment
préserver ça ?
Didier :
je sens que ça va aller plus loin. Ça demande à
chacun de nous, séparément, et en plus quand on est tous
ensemble, de faire des efforts...
Nico : Il faut plus de
magie. Quand tu ne comprends pas ce qui se passe, ce qui est en train
de se passer, et que c'est vachement beau, il y a un côté
un peu magique. Quand tout le monde se met à aller dans le même
sens au même moment et que c'est bien. Quand on compose, il y
a des trucs qui sortent, on n'y croie pas... C'est la résultante
de quatre personnes.
Didier : Oui, mais avant, il y a eu plein d'efforts d'accomplis, et c'est
alors obligé que ça sorte; ça veut dire qu'il faut
accepter que des trucs pourris arrivent.
Nico : C'est aléatoire,
c'est pas systématique.
Didier : C'est de la magie sans en être, mais c'est surtout tout
ce qu'on y met de bien, même si ça paraît peu...
C'est une volonté, on essaie tellement fort de faire des trucs
bien.
Nico : Par exemple, tu
ne peux pas comparer nos albums tellement ils sont différents.
Il y a des choses sur "Chauds..." qu'on ne pourrait
plus refaire maintenant. Un meilleur son ou n'importe quoi n'y changerait
rien.
Didier : C'est plus (+) nous maintenant. "Rester frais, c'est rester
vrai!" (rires)
Marc : A chaque fois, on était entièrement sincères,
on faisait notre maximum. C'est normal que ça change.
Telle
la cartomancienne, et l'avenir ?
Didier :
On ne sait pas ce qui peut se passer. On ne sait pas comment sera le
prochain album. On ne se pose même pas la question! Un jour, on
aura peut-être envie d'avoir des choristes ou des cuivres, des
violons pourquoi pas?
Marc : Une danseuse (sourire).
Didier : J'aimerais bien des choristes parce que je fatigue sur scène
(en souriant), faire comme Bob Marley, placer un "Yeah" de
temps en temps. Ceci dit je peux faire "Yeah" tout seul.
Tu
comptes faire une carrière de peintre, Didier, si le Rock 'n'
Roll ne marche plus ?
Didier :
Non. J'ai arrêté la peinture. J'ai eu une période
de trois mois. Eurobond cherchait un illustrateur pour la compile sur
la Révolution et comme ils payaient 800 Frs, je me suis dit,
s'ils payent, je vais la faire moi-même.
Nickman : On l'a faite ensemble.
Didier : Et comme j'avais de la peinture, hop, j'ai fait la nôtre,
sauf que là j'ai rien touché...
Il
n'est pas question d'un clip ?
Didier :
Si, avec "Petite fille", le 45 tours, normal. "Il
y a des logiques de marketing (sourire)", on nous a parlés
de ça... On est obéissants.
Nico : Ça devrait
sortir quelques semaines après la parution de Combo!
Après
la rupture avec New Rose, comment s'est effectué le contact avec
Eurobond ?
Nico
: On les a rencontrés au fil du temps qui passait...
C'étaient les seuls à s'intéresser un peu à
nous, et ils avaient un discours cohérent par rapport à
ce qu'on voulait. S'il y avait eu plusieurs prétendants intéressants,
on serait allés les voir...
Et
ça se passe bien ?
Didier :
"Super! Hyper-bien! Stop!" (il devient lyrique et gueule:)
On ne regrette rien: ni le MAL ni le BIEN qu'ils nous ont faits. Tout
ça nous est bien égal (rires).
Nickman : On les trouve vachement gracieux...
Didier : GRACIEUX!! (fou-rire général)
Changement
de manager.
Nico
: Rascal (qui les couvait quasiment depuis
leurs débuts, NDLR) n'est plus avec nous depuis la dernière
tournée fin mai.
Didier : On s'est séparés en bons termes.
Il voulait faire autre chose: des performances, s'exprimer à
son tour. C'est une fille, Charlotte des Barrocks, qui nous manage,
et je peux te dire qu'elle nous serre la vis; elle nous fait marcher
droit.
Et
les concerts ?
Nico
: Depuis "Chauds...", on a dû
en faire quatre-vingts à peu près.
Et
la première partie de la Mano Negra à Pigalle ?
Nico
: Ça nous a plus apportés à nous
qu'autre chose, comme de jouer dans une grande salle par exemple.
Nickman : Des gens nous ont découverts parce qu'ils nous y ont
vus.
Des
espions m'ont rapporté que vous auriez volé le show ?
Nico
: Ils fantasment un peu...
Et
l'annonce de cette tournée dans l'Est de l'Europe ?
Didier :
Totalement foireuxl
Nico : Ça a été
annulé, et avant que ça le soit, on avait refusé
d'y participer.
Nickman : Ça s'annonçait comme un plan à la Margerin
en dix fois pire.
Vous
avez participé à la compile "Rock & Horreur",
c'est quoi l'horreur ?
Didier
: Etre seul...
Nico : Sans déconner,
être seul c'est l'HORREUR ! Vivre seul, pas question.
Marc : C'est vrai.
Didier : Nickman jouant
de la basse, c'est pas mal...
Nickman : Et toi qui chante...
Nico : Il faut dire que
Didier, à fond dans les retours, qui gueule "Yeah, Yeah"
(cris sur-aigus), c'est pas loin d'être la pire chose. Mais c'est
un moment très court, l'horreur c'est ce qui dure...
Nickman : Quand Didier
en costard te fait Claude François, c'est aussi l'horreur. Sinon,
j'ai peur de rien, ni de personnel Ils peuvent tous venir (rires).
Nico : On va tous les
niquer.
Nickman : Nooon, on va
tous les aiiiiimer !
Et
l'amour ?
Nico
: C'est le plus important.
Didier : ... après la télé (rires).
Nickman : Après "Le Prisonnier".
Marc,
J'ai entendu parler d'une histoire de studio mobile, dans lequel tu
serais impliqué ?
Marc :
Aaaahl Il était question, à un moment, d'enregistrer des
groupes live avant qu'ils ne fassent un premier 45 tours, les capturer
comme ils sont. L!idée était simple, faire comme un reportage
sonore. Un petit magnéto, deux micros, les enregistrer live ou
en répète et les reproduire sur disque, genre Peel Sessions.
Les groupes auraient pu s'en servir auprès des maisons de disques.
Tout le monde était libre.
Et puis le projet prend d'autres formes avec Ribelrolles et Eudeline,
axé sur la chanson réaliste française, et ça
ne m'intéresse pas du tout. En plus, il se monte une vraie structure
de label, avec un studio, et ce n'est pas très intéressant,
ça existe déjà. Autant dépenser l'argent
dans les studios existant.
Didier (éructant) :
C'est un projet mégalomanlaque d'anciennes soi-disants rock-stars
françaises décaties et droguées des années
70 (rires).
Et
toi, Nico, avec Forbidden Records ?
Nico
: Un 45t avec une face B inédite des Monotones
va sortir en octobre/novembre, et ils préparent leur prochain
album. Peut-être les Vind'icators, mais ça dépend
plus d'eux que de nous. Ils ont la pêche sur scène et ils
sont frais, mais ils ne sont pas pressés.
Qu'est-ce
que vous écoutez en ce moment ?
Marc
: Roxy Music, j'arrête pas.
Didier : Vince Taylor.
Nico : J'écoute
Gene Vincent parce que je me suis dit qu'il fallait que je m'y mette
un jour ou l'autre, et Schubert.
Nickman : Des compiles
5Os White Label, et je ré-écoute Extraballe. Il faut dire
qu'on est OPENI Nous sommes un groupe OPEN !
Didier (emphatique) :
"Nous aimerions que le monde nous suive sur cette voie de l'open...
avec nos pauv' petites chansons si on pouvait faire quelque chose pour
le monde." (Didier s'emporte alors à propos de l'article
dEudeline sur Stiv Bators dans Best) : Quand je lisais ça avant,
j'avais l'impression que c'était bien la poudre, la défonce...
qu'il fallait descendre tout en bas, être une loque humaine, que
c'était ça le vrai Rock 'n' Roll.
Nickman : Il faut arrêter
avec le mythe du loser.
Marc : Un musicien qui
joue, c'est pas les plans dope et le reste qui vont le rendre meilleur,
il faut se rendre compte que c'est pas ça qui est important...
les saloperies qu'on fait. C'est beaucoup plus facile de dire "c'est
lui l'enculé", alors qu'il y a beaucoup plus d'autres possibilités
excitantes... Il faut le montrer, se donner beaucoup de mai pour imaginer
et faire qu'à chaque fois ce soit mieux. On n'a pas aimé
la vie comme on aurait dû l'aimer à cause de ces gens-là.
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